La pédagogie de projet et la pédagogie de l'intégration

La pédagogie de projet et la pédagogie de l'intégration
Exposé réalisé par REDA

1/ Qu’est ce que la pédagogie de l’intégration ?
Intégration= Mobilisation de plusieurs savoirs et savoir faire pour résoudre une situationComplexe.
La pédagogie de l’intégration est une pédagogie qui s’appuie sur l’approche par les compétences.
C’est un enseignement orienté vers la maitrise des compétences et non sur la simple accumulation de savoirs.
C’est une pédagogie qui permet de mieux outiller l’apprenant à la maitrise et à la résolution de situations problèmes auxquelles il serait confronté dans sa vie scolaire, sociale et professionnelle. Elles présente 4 objectifs :
  • Donner du sens aux apprentissages.
  • Mettre l’accent sur ce qui est essentiel : les apprentissages de base.
  • Apprendre à utiliser ses connaissances en situation réelle.
  • Etablir des liens entre différentes notions apprises et les mobiliser, effectivement pour résoudre utilement une situation jamais rencontrée.
2/ Qui vise-t-on par cette pédagogie ?
L’élève est l’unique acteur de l’intégration ; en effet intégrer ne relève pas d’une activité de l’enseignant et ne se fait pas non, plus l’échelle d’une classe ou d’un niveau, mais c’est bien chaque élève qui intègre. Cela n’excluant pas toutefois la coopération ente élèves. L’essentiel est de s’assurer que chaque élève, en particulier les plus faibles, ait une occasion de concrétiser ses réflexions.
3/ Place de l’enseignant dans cette nouvelle pédagogie :
Il est et reste omniprésent pour la mise en place des acquis de base, mais il ne peut y avoir de pédagogie d’intégration sans une modification des pratiques de classes, d’où la nécessité d’inscrire tout apprentissage dans une situation problème et d’adopter des méthodes actives d’apprentissage en proposant régulièrement des activités d’intégration des acquis et pratiquer l’évaluation formative.
Notre système éducatif, dans ses réformes, se veut de développer ces classes « intégrative » il a donc été nécessaire de repenser en profondeur : les curriculums (programmes), les performances des élèves (acquis de base) et les manuels scolaires.
Cette pédagogie l’intégration tente d’apporter à l’élève non seulement des savoirs et des savoir-faire mais aussi de l’amener à réinvestir ces acquis dans des situations dans lesquelles il effectue une production complexe. En outre elle répond au problème d’analphabétisme fonctionnel (personne incapable de mettre ses acquis scolaires au service de son propre développement).
Et c’est dans cette optique d’intégration des acquis que l’approche par les compétences apparaît aujourd’hui comme une solution appropriée parce qu’elle est porteuse de sens pour les élèves qui se posent sans cesse la question : « apprendre ? Pourquoi faire ? »
4/ Deux conceptions de l’approche par les compétences :
Quand on parle de l’approche par les compétences dans les curriculums en pense souvent qu’il n’en existe qu’une seule. En fait il en existe plusieurs en voici deux conceptions qui ne sont pas contradictoires mais, qui visent des priorités différentes :
a) Première approche :
Cette approche s’adresse à des élèves qui n’ont pas de problèmes dans les acquis de base, elle consiste à :
1/ réorienter les apprentissages en les rendant plus actif : Au lieu d’être soumis à des apprentissages magistraux, les élève sont invités à résoudre des situations problèmes. D’où la nécessité de méthodes actives.
2/ Prendre en compte les compétences de vie.
3/ Promouvoir l’interdisciplinarité.
Cette approche est très ambitieuse, elle ne peut être mise en oeuvre valablement et d’une manière durable que par des enseignants bien formés et dans des conditions favorables (groupe d’élèves réduit, locaux appropriés, matériel indispensable). A terme, cette approche contribue à favoriser l’élitisme, on est alors face à une contradiction entre les intentions poursuivies et les réalités des écoles et donc cette approche renforce souvent la fracture entre les milieux favorisés ; qui ont les moyens de développer cette pédagogie ; et les milieux défavorisés qui n’en ont ni les moyens humains ni les moyens matériels.
De plus les enseignants éprouvent des difficultés à évaluer les acquis de base : comment évaluer les compétences transversales (capacité de respecter son environnement, de rechercher l’information ou de la traiter) d’où le sentiment d’insécurité, surtout dans les pays comme l’Algérie dans lesquels le passage d’une année à l’autre est conditionné par les résultats d’une évaluation des acquis de l’élève. Plus encore, l’enseignant ne dispose pas de bases concrètes pour remédier aux lacunes des élèves en difficulté et leur permettre de progresser.
En résumé, cette première approche requiert trois limites :
-          exiger un haut degré de qualification de la part des enseignants.
-          Exiger un environnement favorable et des moyens conséquents.
-          Rendre difficile l’évaluation des acquis de l’élève et empêcher de remédier à ses difficultés.
Donc cette approche élitiste n’apporte aucune solution aux problèmes des la qualité des acquis des élèves soit : lire, écrire, s’exprimer, calculer de façon efficace et dans une situation de vie réelle, La majorité des élèves continuent à quitter l’école en étant incapables d’utiliser dans la vie de façon efficace ce qu’ils ont appris à l’école : c’est là le problème de ce qu’on appelle : L’analphabétisme fonctionnel.
b) Deuxième approche :
Cette 2ème approche est basée sur le développement de compétences de base, plus connue sous le nom de « pédagogie de l’intégration » préconisée par de Ketel en 1996 et Roegiers 2000. Elle vise concrètement à donner à tous les élèves des  compétences qui vont leur permettre de s’insérer dans le tissu socio-économique.
Les compétences de base pour un enfant de 9ans (4ème AP) sont par exemple : produire un écrit de trois phrases dans une situation de communication significative ou encore de résoudre un problème qui fait appel aux 4 opérations fondamentales sur les nombres de 0 à 1000. ces acquis,  sont appelées de base parce que l’élève devra les maitriser avant de passer en classe supérieure.
La pédagogie de l’intégration vise à apprendre à l’élève à gérer la complexité qui réside dans :
-          Les acquis scolaires (savoirs, savoir-faire, savoir-être).
-          Les situations de vie courante.
-          Les compétences de vie qu’il sera appelé à mobiliser pour résoudre des situations problèmes.
5/ Comment mener ces apprentissages ?
L’approche par compétences transforme une partie des savoir (disciplinaires) en ressources pour résoudre des problèmes, réaliser des projets. Cela pourrait offrir une entrée privilégiée dans l’univers des savoirs ; plutôt que s’assimiler sans répit des connaissances acceptant de croire qu’ils comprendront plus tard à quoi elles servent !
Concrètement, ces apprentissages se mènent selon une alternance de deux types d’apprentissage :
a) Les apprentissages ponctuels :
Pendant 5 semaines, l’enseignant développe les ressources nécessaires aux compétences (Les règles de grammaire, conjugaison, orthographe, calcul,…)
b) Les apprentissages de l’intégration :
Au cours de la 6ème semaine, l’enseignant arrête complètement d’enseigner des choses nouvelles aux élèves. Pendant toute cette semaine il leur propose de résoudre des situations complexes dans lesquelles ils devront mobiliser ce qu’ils ont appris durant les 5 premières semaines (leurs ressources).
Ce travail se fera individuellement ou par petits groupes. Plusieurs situations de même niveau leur sont proposées :
-          Une pour s’exercer.
-          Une pour évaluer leurs acquis.
-          Une autre encore pour remédier à leurs difficultés ou pour progresser.
Après ce 1er module d’intégration, on reprend 5 semaines d’apprentissage ponctuel et une semaine d’intégration.
6/ Attitude de l’enseignant face à cette approche :
Dans la méthode d’intégration, l’enseignant est invité à changer ses pratiques en deux temps :
Dans un premier temps il met en place les ressources (savoirs, savoir-faire, savoir-être) selon ses méthodes traditionnelles ; dans ce cas les méthodes actives ne sont pas exigées (en 5 semaines).
Dans un deuxième temps, il propose à ces élèves des situations complexes dans lesquelles ils utilisent ce qu’ils ont appris : c’est la semaine d’intégration.
Il faut en moyenne deux ans pour qu’un enseignant prenne l’habitude de gérer ce genre d’intégration. Et c’est alors qu’il pourra mener progressivement ses apprentissages de façon active au lieu d’enseigner de façon magistrale. Ce changement de pratique prend beaucoup plus de temps pour s’installer de façon durable (5 à 10 ans).
De cette manière on ne s’attend pas à un changement total et spectaculaire de l’enseignant ; au contraire on respecte son niveau de formation, on respecte ses habitudes et on lui demande d’évoluer graduellement. Faut-il encore qu’il accepte au plus profond de lui-même la nécessité de ces changements. Quand à l’évaluation de cette méthode d’intégration elle se fera de façon logique durant ces modules et à la fin de l’année scolaire, les élèves sont soumis à d’autres situations problèmes qu’ils doivent résoudre individuellement.
Il est noté que cette méthode d’intégration est menée dans nombreux pays européens et africains est appuyée pas des organismes internationaux notoires (UNESCO/UNICEF) Les résultats à son propos montrent :
-          L’adhésion des enseignants, des élèves et des parents d’élèves.
-          Un gain en efficacité des systèmes éducatifs (10 à 15 % dans les résultats des élèves cela équivaut à 2 à 3 pts/20).
-          La progression de tous les profils d’élèves.
-          La possibilité pour  les enseignants d’introduire l’innovation à leur rythme.
7/ L’intégration face à la pédagogie de projet :
Même si les pédagogies traditionnelles ont connu dans le passé leurs jours de gloire et leurs fervents défenseurs, d’autres pédagogies centrées sur l’apprenant ont vu le jour. En effet, l’enseignement est passé de transmission des savoirs au développement du savoir-faire. Prost disait : « La notion d’apprentissage a l’immense mérite de passer du dire du maitre au faire de l’élève. »
Le maitre doit alors , maitriser sa discipline, ce qui est normal est évident, mais il doit également connaître les processus d’acquisition des connaissances, les nouvelles méthodes de travail et d’évaluation. Il doit être en mesure d’animer sa classe et d’assister chaque élève dans la réalisation de son projet.
Ces pédagogies contemporaines prônent la mise en place de ressources et leur dynamisation par la mise en application de ces acquis en situation problème.
Le projet est apparu donc comme une nécessité pour l’adaptation et le dynamisation de j’acte éducatif. Ce concept de projet concerne aussi bien l’élève que l’école.
Jean Vial définit la pédagogie de projet comme suit : « C’est l’ensemble des attitudes mentales ou gestuelles des conduites et procédures qui autorisent la définition, l’accomplissement et l’exploitation d’un projet ».
Ainsi donc, les objectifs sont hiérarchisés. L’enseignant et l’élève élaborent ensemble un contrat de réalisation. L’élève est donc actif, il s’approprie des savoirs et des savoir-faire et les concrétise dans la réalisation de son projet ; n’est ce pas là, le terrain de villégiature des l’approche par les compétences ?
8/ Construire une situation problème et l’évaluer :
a) Il est impératif de : - s’inscrire dès le départ dans une pédagogie de projet .
-          mettre en place les ressources nécessaires à la réalisation du projet.
-          Sensibiliser l’élève au fait que ces ressources sont les matériaux mis en œuvre pour résoudre la situation problème à laquelle il se trouve confronté.
-          Diviser le projet en sous projets selon le nombre de séquences prévues , afin de fluidifier la tâche.
-          Faire ressentir à l’élève la situation problème comme une énigme à résoudre , ou un défi à relever, de la naitra le conflit cognitif, ou sociocognitif.
-          Faire agir les élèves de manière productive, plutôt que réceptive. Pendant ce travail autonome, le professeur interviendra individuellement comme guide, animateur ou conseiller.
En fin de projet, réunir les résultats des sous projets et finaliser le travail.
b)      Pour finir, il est impératif d’évaluer les productions ainsi obtenues, pour se faire, il faut absolument accepter le droit à l’erreur, car la peur de la sanction annihile les initiatives ; on ne pourra plus alors obtenir d’un élève qu’il livre ses réflexions, que s’il est certain qu’il n’y aura pas sanction, ni sous forme de points, ni sous forme de remarques désobligeantes.
Toutes les interventions de l’enseignant devraient être positives. Alors comment l’évaluer, me direz-vous ?
L’évaluation portera sur les processus utilisés par les élèves ; il s’agit d’apprécier la manière dont ils progressent, communiquent, formulent les hypothèses pour tenter de résoudre le problème.
Dans certains cas, il conviendra d’intervenir pour rappeler les consignes, proposer des activités intermédiaires pour soulager et faciliter le travail. Cette évaluation en cours de réalisation est l’évaluation formative. Nous devonshabituer l’élève à s’auto évaluer grâce à la mise en place de grilles d’évaluation comme il en est proposé dans les manuels scolaires(en ce qui concerne le français).
Par ailleurs, il faut évaluer l’acquisition elle-même ; c’est : l’évaluation sommative, et en fin de cursus, vient l’évaluation certificative.
9/ Pour conclure :
Si la pédagogie par les objectifs a fait évoluer l’école, il faudrait la compléter par l’approche par les compétences. Il ne s’agit pas de revenir au béhaviorisme qui ne s’attache qu’aux résultats matériels, mais de mettre en place ces modules d’intégration afin de produire un public possédant le maximum d’acquis de base, lui permettant de résoudre toute situation problème. Dans un deuxième temps, l’inscrire dans des méthodes actives, afin de lui permettre d’aller de l’avant vers la résolution individuelle de situations problèmes complexes.
Attention, les miracles de la pédagogie n’existent pas, il faut une réelle implication de tous les acteurs du système éducatif afin d’arriver à des résultats palpables. Une bonne imprégnation de cette méthode d’intégration par l’enseignant, les moyens mis en œuvres pour sa réalisation, une bonne construction de la situation problème et une évaluation adéquate et rationnelle, sont tant d’éléments pour une bonne conduite de l’approche par les compétences
10/ GLOSSAIRE :
Curriculum= les contenus des programmes et méthodes pédagogiques
Compétences= possibilités de mobiliser des ressources pour résoudre des situations problèmes.
Ressources= ensembles des savoirs et savoir-faire
Situation significative= situation avec laquelle l’apprenant entretient une relation affective positive.
Cognitif= capacité de connaître ou de faire connaître.
Fonctions pédagogiques : 1/ Fonction didactique (apprentissage nouveau)
2/ fonction d’intégration des acquis.
3/ Fonction d’évaluation.
11/ BIBLIOGRAPHIE :
-Une pédagogie de l’intégration (Xavier Roegiers et J M de Ketele)
-L’approche par compétences, une réponse à l’échec scolaire ( Philippe Perenoud)
-Forum sur l’approche par les compétences (BIEF/ document du net)
-Apprendre oui…mais comment ? ( Philippe Meirieu).