La ponctuation ou le huitième art

altAh ! La ponctuation ! Comme cela exaspère ! Ou... Au contraire, comme elle sied bien à la compréhension de ce qui pourrait être illisible et totalement inaccessible à la logique humaine et surtout follement essoufflant sans cette petite virgule... Fort à propos ! D'ailleurs, qui n'a pas failli mourir au moins une fois, charrié, bousculé, épuisé, à la lecture d'une envolée proustienne ? Une phrase, huit pages et hop là ! Suffit de suivre l'histoire...
 
 Évidemment, la ponctuation n'est pas née en même temps que les signes graphiques. Les langues, dans toute l'Europe, se sont raffinées au cours des siècles mais leurs premières manifestations se couchaient, tout d'un trait, sur un papier sans qu'aucune interruption n'intervienne dans le débit des mots. Les textes se déroulaient comme d'interminables rubans de lettres, sans majuscules, sans distinction de paragraphe, sans possibilité d'aparté. Il fallait comprendre tout d'un bloc et sans doute relire plusieurs fois le manuscrit afin de lui octroyer un sens plutôt qu'un autre. Il semble que ce soit au cœur de la grande bibliothèque d'Alexandrie que la volonté d'une ponctuation ait pris forme sous la tutelle de trois grammairiens successifs, pendant le 3e et le 2e siècle av. J.-C. : Zénodote, Aristophane de Byzance et Aristarque. On leur doit, selon les historiens, la division en chapitres, certains accents ainsi que les trois points, signes fondateurs de la ponctuation.
Le premier de ces points, nommé le Point Parfait, se plaçait après la dernière lettre, dans le coin supérieur, et indiquait que la phrase portait un sens complet. Le second point, appelé le Sous-Point, se trouvait quant à lui, dans le coin inférieur suivant la dernière lettre et correspondait, en quelque sorte, au point final actuel. Enfin, le troisième point, aussi dit le Point Médian, se situait à mi-hauteur après la dernière lettre et faisait office de point-virgule. Malgré ces efforts pour rendre au lecteur une langue plus aérée, plus intelligible, les copistes boudèrent ces réformes et c'est plutôt à travers le latin que s'instaura un système de ponctuation au 4e siècle ap. J.-C. Saint-Jérôme en fut l'instigateur. Il reprit les trois points des bibliothécaires d'Alexandrie et ajouta une division aux textes en les affichant en colonnes, ce qui permettait de donner un sens distinct aux colonnes, chaque colonne exprimant une idéologie différente. Il intégra également quelques signes à la langue pour identifier clairement des parties de phrase ainsi que les incises. On ne sait trop à qui l'on doit l'idée des espaces entre les mots, les blancs, mais cette innovation, devenue courante au 7e siècle ap. J.-C. rendra la lecture possible à un plus grand nombre d'individus. Séparer les mots, c'était déjà leur reconnaître une individualité et ainsi renforcer leur sens. On doit aussi souligner l'emploi de la majuscule par les moines copistes et les enlumineurs, qui l'introduisirent dans les manuscrits pour orner le commencement des chapitres. Ils intégrèrent le pied de mouche, par ailleurs, afin de forcer l'attention sur un sens ou un élément particulier du texte. En l'an 1434, lorsque l'imprimerie apparut, les conventions linguistiques allaient changer. Parce qu'il fallut codifier la typographie, on inséra peu à peu des signes de ponctuation. Le point, la virgule et les deux-points devinrent les indications en usage. Il fallut cependant attendre encore cent ans, en 1533, pour que la majuscule fasse son entrée dans l'univers typographique, suivie de l'apostrophe. Le point d'exclamation, issu des effervescences langagières de Florence, serait né à peu près à la même époque. Parce que l'imprimerie permettait tant de possibilités, autant en terme d'impressions qu'en terme de diffusion, les copistes, malgré de remarquables talents d'artiste, cédèrent inévitablement la place aux typographes. Or ces derniers comprirent l'importance de rendre les textes plus clairs. De nouveaux signes apparurent alors, sous la dictature des typographes et un traité, celui de Dolet, fut agréé, en 1540, comme étant le référant absolu en matière de ponctuation. Déjà, on pouvait y voir le point, la virgule, les deux-points, le pied de mouche, le point d'exclamation, les parenthèses, les alinéas, la croix, le point d'interrogation, l'astérisque ainsi que des pictogrammes tels que la petite main, le losange, le soleil, la lune. Ces codes ne firent évidemment pas l'unanimité et plusieurs auteurs ne les respectèrent jamais. Comme on ne leur accordait alors qu'une valeur de pondération respiratoire, on s'en moquait comme de sa chaussette trouée... Cependant, vers la fin du 18e siècle, le grammairien Nicolas Beauzée, convaincu de l'importance que la ponctuation pouvait apporter au sens d'un énoncé, réussit à en prouver la valeur syntaxique. Un engouement pour la ponctuation grammaticale découla de cette observation et les éditeurs tombèrent dans une sorte d'intégrisme de la ponctuation, ce qui les poussa même à corriger et à ponctuer avec exagération, de sorte qu'ils sabotèrent le sens d'origine de nombreux textes qu'on leur confia durant cette époque. Aujourd'hui, la ponctuation, réglementée, encadrée par les différents traités de grammaire agréés, ne lèse plus personne, sinon quelques étudiants réfractaires. Elle est évolutive et permet aussi quelques transgressions, au nom de l'art et de la libre expression. Enjolivée par les pictogrammes d'Internet et les nouvelles significations qu'on lui présume via les moyens de communication actuels (e-mail, chat, langage sms, etc.), la ponctuation est toujours dans le coup, malgré tous les maux de tête qu'elle peut causer, notamment dans les dictées de monsieur Pivot ;)

La virgule marque une courte pause dans la lecture sans cependant que l'intonation change.elle s'emploie : -> Dans une énumération, pour séparer des mots, des groupes de mots de même nature ou des propositions juxtaposées.

Le point-virgule marque une pause plus importante que la virgule mais à la différence du point, la voix ne baisse pas complètement entre les deux propositions. -> Pour séparer des propositions ou expressions indépendantes mais qui ont entre elles une relation faible, généralement une relation logique.

Les deux points,peuvent annoncer : -> une énumération. une citation ou des paroles rapportées.

Le point indique la fin d'une phrase. Il s'accompagne d'une intonation descendante et d'une pause nettement marquées.

Toujours au nombre de trois..., les points de suspension peuvent avoir différentes valeurs. -> Ils indiquent que la phrase est interrompue. Plusieurs cas : La phrase commencée est abandonnée .Ils indiquent une hésitation en cours de phrase . Ils interviennent dans une énumération qui est écourtée.Employés en fin de phrase, ils sous-entendent une suite, une référence, une complicité avec celui à qui on s'adresse, un effet d'attente. Ils peuvent également être employés après l'initiale d'un nom ou d'un mot que l'on ne souhaite pas citer.

Le point d'interrogation se place à la fin d'une phrase interrogative (interrogation directe). L'intonation est montante.Placé entre parenthèse (?), le point d'interrogation marque l'incertitude.

Le point d'exclamation se place à la fin d'une phrase exclamative ou d'une phrase exprimant la surprise, l'exaspération, l'admiration, un ordre... L'intonation est montante.Il s'emploie également après l'interjection.

Les guillemets (inventés par l'imprimeur Guillaume, dit Guillemet, en 1525) permettent d'encadrer les paroles ou écrits de quelqu'un (citation).Précédés de deux points, ils encadrent un discours direct.Les guillemets sont également utilisés pour un mot, une expression, utilisés dans un contexte inhabituel, que l'on désire souligner ou nuancer. De même que pour des mots étrangers ou argotiques

Les parenthèses servent à isoler un mot, un groupe de mots à l'intérieur d'une phrase. Généralement une explication, un commentaire sans lien syntaxique avec le reste de la phrase.

Dans un dialogue, le tiret indique le changement d'interlocuteur.Encadrant une phrase ou un segment de phrase, les tirets jouent le même rôle que les parenthèses.Dans une liste, ils servent à l'énumération des termes.

On met une majuscule (ou lettre capitale) :au début de la phrase.aux noms propres, prénoms, noms de famille, surnoms...aux noms communs utilisés comme noms propres, à certains termes de politesse, aux noms de fêtes, aux noms de rues, départements, régions, villes, pays, régions géographiques...aux points cardinaux lorsqu'ils désignent une région géographique, aux noms de peuples ou d'habitants de régions géographiques. De même que les membres de dynasties.aux titres d'œuvres et d'ouvrages et enfin, aux noms déposés.

Autres signes:

Les crochets -> On les utilise lorsque, à l'intérieur d'une parenthèse, il est nécessaire d'en ouvrir une autre. Avec des points de suspension, ils indiquent une coupure, une modification dans un texte cité.

* L'astérisque L'astérisque s'emploie dans deux cas : -> En appel de note (*) (**) (***). On se limitera à trois renvois par page. -> De la même manière que les points de suspension dans un nom réduit à la simple initiale.

L'alinéa Bien que l'alinéa ne soit pas un signe de ponctuation à proprement parler, il servira à marquer plus fortement le point et le passage à une idée nouvelle.

La barre oblique La barre oblique, dite également barre transversale ou barre de fraction est employée : -> dans l'écriture des unités de mesure : 120 km/h (sous-entendu kilomètres par heure) -> en remplacement du trait d'union. La ligne Paris/Marseille -> dans les expressions alternatives : et/ou -> dans l'abréviation c/o pour "care of" : "aux bons soins de" (en anglais). (DOC NET)

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