Jacques Tardif, professeur à l'Université de Sherbrooke et spécialiste de la pédagogie universitaire, intervient comme conférencier invité par le service iCAP de l'Université Claude Bernard Lyon 1, pour une sensibilisation à l'approche par compétences.

Les thèmes de recherche de Jacques Tardif portent sur le développement et l'évaluation de dispositifs de formation en enseignement supérieur, sur l'évaluation des compétences dans des programmes axés sur la professionnalisation des étudiants et sur le développement de modèles cognitifs de l'apprentissage en enseignement supérieur.

L'objectif de cette conférence est de sensibiliser la communauté universitaire à l'approche par compétences (définition des référentiels de compétences, évaluation des acquis, etc.) et d'aborder des questions qui restent en suspens :

- Pourquoi se lancer dans une approche compétences ?
- Quels sont les avantages, les bénéfices d'une telle approche ?
- Quels sont les dangers et écueils auxquels apporter une attention particulière ?
- Dans quelles perspectives conviendrait-il de mettre en oeuvre cette logique des compétences au sein des universités ?

Publié dans Réflexions

Le Ministère de l’Education Nationale vient de lancer ces derniers jours une évaluation globale des réformes du système éducatif, initiées il y a quelques années, en organisant des concertations tous azimuts dans les établissements scolaires et les Directions de l’Education à travers le territoire national, en réunissant l’ensemble des acteurs pédagogiques et administratifs pouvant mettre le doigt sur ce qui a bien fonctionné jusque-là et sur ce qui l’est moins, en matière de pédagogie, d’administration, de formation, de moyens, etc.

 Dans le mouvement de la relecture des pages de cette réforme, il sera forcément question de l’Approche par les Compétences (APC) qui est, en théorie, la méthodologie de référence de tous les enseignements scolaires, sans toutefois aller jusqu’à sa remise en cause, faute d’autre cadre pouvant la remplacer. Cette Approche a été qualifiée, à tort ou à raison d’ailleurs, de « mauvaise réponse à un vrai problème » par Oukaci Lounis, Maître de Conférences à l’Université de Constantine, dans une étude très approfondie, parue dans trois numéros du journal El-Watan datant du début du mois de février 2010. Le chercheur s’est appuyé sur ses propres expériences en la matière et sur des études menées par d’autres chercheurs européens et nord-américains.

Il est vrai que tous les pays qui ont adopté cette méthodologie, se sont inspirés de l’expérience menée par le gouvernement canadien qui a lancé dans un premier temps cette approche dans la formation professionnelle, qui consacre, durant une période déterminée, l’acquisition des savoirs faire de base, comme les actes de soudure, de mesure, d’ajustage, de rabotage, etc. Une fois  la formation des stagiaires terminée, ces derniers sont mis à la disposition des entreprises et du marché de l’emploi, avec à la clé des compétences manuelles qu’ils traduiront en performances sur les chantiers, dans des conditions réelles de construction, de soudure, de menuiserie, de plomberie, d’électricité, etc. En d’autres termes, les compétences de base (des savoirs faire primaires) sont développées en formation initiale et les

performances sont concrétisées à un niveau supérieur de mise en œuvre sur chantier, dans les secteurs du bâtiment, de l’automobile, etc.

Dans notre pays, l’élan du renouveau a consacré cette approche (incluse dans un cadre globale et intégrateur appelé « l’apprentissage par projets ») au détriment de l’Approche par les Objectifs (PPO) qui était en vigueur durant les années 80, et qui a souffert, justement, de l’opérationnalisation des objectifs ciblés, de la dictature des contenus et de la seule préoccupation de l’accumulation des connaissances. L’approche par les compétences se retrouve donc généralisée à toutes les matières enseignées à l’école : les langages fondamentaux (les mathématiques et les langues) et les matières à contenus (sciences, histoire, géographie, etc.). Il faudrait signaler à ce propos que ces compétences sont répertoriées par l’école canadienne et même par l’Union Européenne en deux catégories : les compétences transversales : (Intellectuelles – méthodologiques – sociales – communicatives) et disciplinaires : (en langues étrangères, par exemple, on développe les compétences de compréhension et de production de l’oral, les compétences de compréhension et de production de l’écrit, la compétence langagière (prosodie, vocabulaire et grammaire), enfin, la compétence socioculturelle. 

Dans l’enseignement de ces langues justement, (précisons que seuls les aspects fonctionnels et utilitaires sont pris en charge dans le statut qui leur est accordé en Algérie, et non les dimensions culturelles et littéraires) et conformément au Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues (2006), cette méthodologie s’avère utile à plus d’un titre. Elle focalise les efforts consentis par l’apprenant (et même par l’enfant en bas âge) dans l’appropriation d’une langue, sur les compétences fondamentales de la communication (naturelles et chronologiques) : l’écoute, puis la parole, ensuite la lecture et enfin, l’écriture. Cette approche n’écarte pas évidemment les compétences langagières et socioculturelles qu’elle traite de manière implicite (et parfois superficielle, quoi que), car en langues étrangères, la priorité est accordée à la compétence de communication et non à celle de la description du système grammatical, comme c’est le cas dans l’enseignement des langues natives.

Cette approche a certes apporté beaucoup de choses positives au processus enseignement – apprentissage dans toutes les matières, telle la centration de la pédagogie sur l’apprenant, la remise en cause de la prédominance du maître comme seule ressource de savoir dans la classe, la dictature des matières à fort coefficient sur les autres matières dites secondaires, la prise en charge de l’expression orale, de l’évaluation, etc. Mais son inadéquation dans l’enseignement des matières à contenus, où il est demandé à l’apprenant de réaliser en classe des performances et non une simple installation de compétences préparatoires, semble poser problème, en ce sens que toutes ces matières sont logées injustement à la même enseigne.

 

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