lundi, 21 janvier 2013 13:09

Je conte les expressions idomatiques Spécial

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« Cœur d’artichaut », ou l’étrange union de la rose et de l’artichaut.

 Il était une fois, dans un pays virtuel et magique, tantôt hostile, tantôt bienveillant ; deux créatures de la nature : Une rose sauvage qu’aucun jardinier n’avait pu apprivoiser à cause de ses prismes changeants ; mauve, rose, gris, au gré du soleil levant, soleil couchant, vent du sud ou d’ouest ; mais une gentille rose aux doux pétales de velours. Et un artichaut tout vert, tout velu, tout poilu, bourru mais tendre.

Dans ce jardin, la rose s’ennuyait tandis que l’artichaut traînait ses vieux jours à l’ombre de son feuillage, au milieu de milliers de livres.

Un jour, alors que le soleil était à son zénith, la rose révéla sa plus belle couleur mauve scintillante de tous ses éclats étoilés. Elle était si belle ce jour là qu’aucune plante ne resta indifférente à sa beauté, la tulipe, l’acacia, le dahlia et même le cactus n’avaient d’yeux que pour elle et de poèmes qu’à son effigie… Comme  cela la flattait, et l’empourprait encore plus !

Plongé dans ses lectures, l’artichaut ne voyait ni la splendeur de la rose, ni l’état dans lequel elle avait mis ses amies les plantes.

Triste de constater l’insouciance de l’artichaut qui était pourtant innocent de ce vil sentiment, car tapi sous le rosier, il n’avait eu le privilège de voir ses roses et particulièrement cette rose qui l’admirait de haut, dans un silence pudique ; pour sa grande sagesse, son érudition et surtout pour son cœur si tendre ; la rose se mit à pleurer. Elle pleura tant que ses larmes, de feuillage en épines, parvinrent jusqu’à lui et mouillèrent une page de son histoire.

Placide mais intrigué, il se demanda comment il pouvait pleuvoir en ce jour ensoleillé. Une bien grande énigme à résoudre pour ce vétéran fervent chercheur de vérités.

Il redressa son vieux dos craquelant qui fit sursauter la rose, mit sa jolie casquette pour protéger sa calvitie naissante, de cette pluie chaude, inopportune et salée, puis releva la tête pour voir le nuage cause de ce déluge.

Presbyte et perspicace, l’artichaut avait une excellente vue des choses lointaines et éloignées.

Foudroyé par la beauté de la rose et par sa tendresse, il perdit son équilibre et sa voix, il tituba, bégaya et se rassit pour recouvrer  son calme olympien.

Quelques minutes lui suffirent pour se ressaisir, se ramasser, et tenter à nouveau …Il releva lentement la tête pour mieux l’admirer ; son cœur se mit à battre tellement fort, qu’on aurait cru entendre une horde de chevaux traverser le désert. Mais désert était désormais ce jardin où il ne voyait plus qu’elle. Elle si jolie avec des pétales doux comme son duvet, des feuilles vertes comme les siennes, des épines comme les siennes, et un cœur tendre comme le sien, puisqu’elle , si belle, si admirée, si convoitée, n’était point arrogante, ni hautaine, qu’elle avait l’immense bonté de pouvoir pleurer pour un vieil artichaut comme lui.

 

Un étrange sentiment naquit à cet instant et le hissa à la hauteur de la rose.

Il essuya ses larmes d’un tendre baiser amical et innocent et, épine contre épine, ils unirent leurs passions pour la beauté de ce bas monde en ce monde si bas.

De cette union naîtra la sensibilité dans toutes ses affectueuses déclinaisons : bonté, douceur, tendresse, affection, tolérance, indulgence et pardon.

 

Depuis ce jour, chaque fois qu’une personne cueille une rose pour l’offrir  dans une aura de sensibilité, en guise d’amour ou d’amitié on dira d’elle : « cœur d’artichaut »

Nora

 

Lu 6163 fois Dernière modification le mercredi, 29 octobre 2014 19:38
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