mardi, 15 mars 2011 16:18

Psychanalyse, neurosciences et neuropsychanalyse Spécial

Écrit par ryma19
Évaluer cet élément
(0 Votes)
"Pour apprendre le latin à John, il faut d'abord connaître John"

Avant d'enseigner quoi que ce soit à qui que ce soit, au moins faut-il le connaître. Qui se présente, aujourd'hui, à l'école, au collège, au lycée, à l'université ?" s'interroge Michel Serres dans un remarquable article du Monde. C'est aussi vrai psychologiquement que sociologiquement ! Un enseignant passe 5 ans de sa vie à étudier la discipline qu'il enseignera et quelques jours ou semaines pour connaître les élèves ! Or au final, à qui l'enseignant s'adresse-t-il? A lui- même ou à des élèves? L'habitude est telle que nous pourrions trouver la question inconvenante! Et pourtant , demande-t-on à un réparateur de voitures de passer des années à étudier la "mécanique générale", la "mécanique céleste", la "mécanique de la relativité restreinte ou généralisée" -- que sais-je encore ? - sans lui faire découvrir des voitures et sans lui apprendre comment elles fonctionnent ? La comparaison est bassement matérielle et peu satisfaisante mais nous sommes tellement dans un "idéalisme" de la "transmission des connaissances" qu'elle peut faire choc....

Peut être pourrait-on relire avec profit, sans forcément le suivre en tout, le pédagogue "John Dewey" (1859-1952), auteur de la phrase en exergue "Pour apprendre le latin à John, il faut d'abord connaître John". Il était déjà partisan de l'intégration de la théorie à la pratique, d'un enseignement centré sur l'enfant, et ses positions sont maintenant au centre de nos débats: unesco.org/publications/dewey.PDF

Fonder sa pratique sur une théorie: pas facile! surtout quand, apparemment, les théoriciens ne sont pas d'accord entre eux. On pensera plus utile de faire appel à des "recettes", des "gestes professionnels", des "bonnes pratiques", des "outils" qu'on croit facilement utilisables, et on préférera créer des stages de "maîtrise" de la classe plutôt que former les enseignants à la psychologie des groupes. En fait, ces recettes, outils, gestes, pratiques sont, eux aussi, basés sur une théorie: la théorie comportementaliste bien cachée et bien désuète...

Un changement est peut être entrain de s'effectuer, bien ténu et lointain encore. Il a démarré, comme toujours aux Etats Unis vers les années 1990, (avec en particulier Damasio , professeur de neurologie à l'université de l'Iowa).Ce courant a abordé la France tout récemment sous l'impulsion de Daniel Widlöcher, psychanalyste, ancien président de l'Association psychanalytique internationale. Il consiste à rapprocher les diverses théories se rapportant aux fonctionnements humains (...les élèves sont des humains !). Ainsi il ne sera plus question de prendre pour prétexte leur opposition pour les traiter de négligeables.

En effet, durant longtemps, on a opposé les "neurosciences", scientifiques, à la psychanalyse, somme d'hypothèses dépassées. Or on s'aperçoit qu'elles peuvent être utiles l'une à l'autre. Boris Cyrulnik. Le Carnet PSY 3/2005.

C'est ainsi que pourrait se constituer une nouvelle discipline la "neuropsychanalyse".

Les enseignants peuvent- ils être absents de ces prémices qui se construisent et qui influeront certainement leur métier d'ici quelques années? Elles sont, de plus, pour eux un exemple de la nécessaire interdisciplinarité dans l'enseignement.

Jacques Nimier...http://www.pedagopsy.eu/

Lu 3541 fois Dernière modification le jeudi, 04 septembre 2014 14:30