Histoire du petit nageur

Création : mercredi 24 mars 2010
Source http://www.jeunesplus.org/garanderie/apprendre-a-apprendre-2.html

Martin est en âge d'apprendre à nager. Il est admis à l'école de natation. « Chers petits, soyez les bienvenus. Ici, vous apprendrez à nager en nageant. Bien entendu, nous n'allons pas perdre notre temps à voir avec chacun ce qu'il devrait faire pour nager. Vous trouverez bien tout seul ! A la fin de l'année, vous devrez atteindre l'autre côté de la piscine en moins de 50 secondes. Les bouées sont interdites. »


Première leçon : tous à l'eau ! Martin boit la tasse mais il arrive à barboter et à se maintenir en surface. Naïma, elle, semble plus douée : elle nage déjà. Il faut dire qu'elle s'est entrainée avant à la maison. Quand à Léo, le voila qui pleure : il ne comprend pas pourquoi il doit rester dans l'eau à battre bêtement des bras et des jambes. Les semaines passent : certains, comme Martin, continuent à barboter. Naïma et ses amis progressent. Léo, lui, ne veut plus rien savoir de l'école de natation.

Voici venu le temps de l'évaluation. Martin échoue car il est arrivé de l'autre côté mais son barbotage ne lui a pas permis d'être dans les temps ! Naïma réussit avec brio. Léo a abandonné. Quant à Maxime, il semble qu'il ne pourra jamais faire plus de 2 mètres sans couler : il n'a toujours pas compris ce qu'il devait faire. Il ne doit pas être bien doué !

Faites maintenant un effort de mémoire : cela ne vous rappelle-t-il pas votre classe de CP ? Avez-vous le souvenir qu'on vous ait un jour expliqué ce que vous deviez faire pour être un bon élève, c'est-à-dire un élève capable d'apprendre et de profiter des leçons ? L'exemple de l'école de natation n'éveille-t-elle pas en vous l'idée que certains enfants pourraient avoir besoin d'apprendre à apprendre.

« Il n'est pas assez sage », « Si seulement il était plus attentif », « Il manque de motivation », « Il fait preuve de mauvaise volonté », « Il n'apprend pas ses leçons », « Il est un peu limité », « Il aura du mal plus tard », « Il ne réfléchit pas assez ». Et après ? En quoi ces commentaires font-il avancer notre affaire ?

« Il ne sait pas ce qu'il faut faire pour être attentif, mémoriser, comprendre, réflechir, imaginer ». Voilà une réflexion intéressante. Et si tout cela s'apprenait. Et s'il était possible d'améliorer la manière dont nous sommes attentifs, dont nous mémorisons, comprenons, réfléchissons, imaginons.

Apprendre à apprendre, en quelque sorte...

Sauf exception rarissime, nul ne devient bon en nage libre si personne ne lui explique les gestes à mettre en oeuvre et la manière de les réaliser. Pendant son apprentissage, le nageur doit s'appliquer à faire les bons gestes et corriger ce qui l'en éloigne. Par la suite, il n'aura plus à y penser car il les aura intégrés.

Il en va de même des 5 gestes de l'intelligence qu'Antoine de le Garanderie a décrit en détail : l'attention, la mémorisation, la compréhension, la réflexion et l'imagination. 5 gestes qui nous permettent de réaliser toutes les opérations intellectuelles propres à l'être humain. Avons-nous conscience de réaliser ces gestes ? Pas vraiment mais cela ne signifie pas que ces gestes n'existent pas. Nous les avons appris. Spontanément ou au contact de notre entourage, peu importe. Mais, ce que nous voyons, c'est que certains maitrisent mieux ces gestes que d'autres, comme certains réalisent mieux les gestes de la nage libre que d'autres.

Est-ce une question de don ou d'apprentissage ? Selon Antoine de la Garanderie, chacun peut apprendre à réussir au mieux ces gestes, en tenant compte de son profil pédagogique. A partir du moment où cela est connu, quelles pourraient être les raisons de ne pas l'enseigner aux élèves ?

La réalisation de ces gestes mentaux repose sur deux notions fondamentales : l'évocation et le projet.

L'évocation correspond à la création ou au rappel d'images mentales, de nature visuelle, auditive ou verbale. Ces images existent en l'absence de l'objet externe; elles constituent le matériau de base de l'activité intellectuelle. Il ne peut y avoir d'acte intellectuel à proprement parlé sans évocation. Apprendre à évoquer et prendre conscience de ses évocations sont deux voies concrêtes de progrès.

Le « projet de sens » ancre l'acte intellectuel dans le temps et dans l'espace. Il se traduit dans l'acte pédagogique par le fait d'éveiller chez l'enfant le projet visé par la tâche qu'il a à effectuer. C'est un projet à très court terme, qui anime l'acte intellectuel. Il n'est pas la même chose par exemple d'apprendre un texte avec le projet de le réciter de mémoire ou celui d'en expliquer le contenu. Il ne revient pas au même de regarder un paysage avec le projet de l'admirer ou celui de le raconter à un ami. Le bon projet déclenche la bonne évocation et produit la réussite. Le contraire est aussi vrai.

Le dialogue pédagogique

 Le dialogue pédagogique permet à chaque enfant de découvrir sa manière propre de mettre en œuvre les gestes mentaux et d’acquérir la meilleure efficacité possible dans le domaine des apprentissages. Il vise l'autonomie intellectuelle de l'enfant.

Lors du dialogue, l'accompagnateur, professeur ou parent, ne cherche pas à imposer ses manières de faire, ni à déceler si l'élève est plutôt visuel, auditif ou kinesthésique. Peu lui en importe. Ce qu'il doit viser, c'est la prise de conscience par l'élève de ses manières d'opérer dans les diverses situations. Que préféres-tu ? Revoir dans ta tête les mots que tu as à apprendre ou te les décrire en détail pour pouvoir te les dire, ou encore te revoir en train de les écrire ? L'échange doit permettre de guider l'élève vers les bons projets de sens et les bonnes évocations.

En prenant conscience du pouvoir et de la liberté qui est en lui de mettre en oeuvre ses propres stratégies intellectuelles, l'enfant devient le principal acteur de sa réussite.

Mener un dialogue pédagogique n'est pas inné. C'est pourquoi une mise en oeuvre efficace de ce type d'échange exige une formation. Cette formation, théorique et pratique, demande un temps d'assimilation car elle remet souvent en question ses propres représentations.

Une pédagogie de l'être

« Quand on connaît l'impact de la réussite scolaire sur la personnalité, quand on sait à quel point elle est une condition d'identité - par rapport à autrui, certes, mais aussi par rapport à soi-même - je dis qu'il est criminel de maintenir des élèves en situation d'échec.

Tous les enfants sont en état de réussite immédiate. Nous avons à notre portée des moyens simples pour les y conduire. La gestion mentale n'est pas un truc, ce n'est pas non plus une recette : c'est une pédagogie des moyens qui se fonde sur des processus simples à mettre en oeuvre, c'est une philosophie de la vie où le réel reste encore à réaliser. Tous ensemble, enseignants, élèves, parents, nous pouvons faire reculer les frontières de l'échec.

Il faut, de la maternelle à la terminale, que chaque acteur du monde scolaire prenne sa part de responsabilité. Et la gestion mentale, c'est une pédagogie de la responsabilisation, de la prise de conscience, par chacun, du rôle qu'il a à jouer. Il est plus que temps de réagir. »

Ces mots d'Antoine de la Garanderie datent de 1988. Il faut donc que les résistances soient fortes pour que de telles évidences restent niées dans de nombreuses écoles. Combien d'IUFM prennent le temps d'enseigner ces vérités ? Très peu ou si peu. Pourquoi ?

La gestion mentale n'est pas une pédagogie exclusive. Les vérités quelle énonce enrichissent tous types d'approches pédagogiques et les rendent plus efficaces. Un enseignant peut-il se permettre d'ignorer ces vérités ? Serait-il concevable qu'un médecin exerce sans s'informer des connaissances actuelles sur le fonctionnement général des organes ? Il aurait bien du mal à soigner ses malades et il ne serait pas rare qu'avec la meilleure intention du monde, il rende malades certains de ceux qui étaient bien portants. A méditer...

 

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