Je parle algérien

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Fille de Tamazgha, m’a-t-on dit , Arabe ou Berbère, je ne sais plus. Algérienne, je l’ étais, je le suis, je le serais sans doute aussi longtemps que me le permettront mes jours et l’Algérie de fouler son cœur. Culturellement « prismée », je ne renie ni mon arabité toute algérienne ni mes origines et je m’ouvre à la langue française dont on me refuse la mamelle par une sorte d’intégrisme belliqueux rejetant toute ouverture sur le monde.

Être  Arabe pour un Algérien ne signifiant rien d’autre que de parler cette langue , qui au demeurant ,dans sa forme classique enseignée, n’est parlée  dans aucun pays d’Arabie.

Adoptivement française, par la langue et la culture qu’elle véhicule, je communique toutefois en « Algérien » , une langue mixée en cocktail de plusieurs langues ; l’arabe, le français, l’espagnol, le turc,le berbère et de dizaines de dialectes locaux donnant souvent naissance à de truculents néologismes :« normal, 3adi, wine houa el mouchkil a agma ? » diront ces jeunes en mal de « tehlab ».

A vouloir imposer la langue de Manfalouti au pays du couchant, sous le seul prétexte d’être la langue du Coran et avec des moyens somme toute dépassés, nous n’avons fait que l’annihiler des esprits en la réduisant à une langue de romans et de poésies incapable de transmettre ou de véhiculer une science , mais et surtout incapable de communication  : Un Libanais, un Egyptien ou un Syrien , ne comprendront que partiellement ou pas du tout un Algérien et vis versa, exception faite de nos ménagères férues de feuilletons à l’eau de rose.

Transcendée par ses propres difficultés et contraintes grammaticales dues à sa stagnation dans le sacré de son origine, la langue arabe agonise dans les pages jaunies des vieux manuscrits d’Elmoutanabi, Eldjahidh, Ibnsina, Ibnkhaldoun et autres Elakkad, qui pourtant écrivaient aussi bien que parlait Socrate, mais qui ne sont plus guère que des monuments de musées de l’histoire de cette langue.

Je parle Algérien –darija- , un beau et fin métissage de langues et dialectes importés dans les cales de galères , qui m’appartiennent toutes et qui cohabitent bien malgré nos séparatistes de manière fort gracieuse faisant naître des expressions et tournures d’une ingéniosité décapante et qui, comme le tergui, l’amazigh, le mozabite ou le chaoui, n’a aucun statut officiellement reconnu.

Parce qu’exclusivement orale et non graphique , l’idéologie politique réduit eddarija enta3na au rang de dialecte ,  elle qui pourtant est communication.

« 3ammar rassak ya kho » elle est bel est bien langue vivante « langue receveuse, non fermée sur elle-même », comme le rapporte le linguiste Farouk Bouhadida.

Algérienne, mais non nationale la darija connaît pourtant déjà ses premiers travaux académiques en l’édition de dictionnaires et de guides d’emploi, à l’ombre du rêve d’une « Académie de l’Algérien ». Elle se transmet à travers la chanson, le film ,  les pièces de théâtre , la presse qui n’hésite plus à en user et les spots publicitaires.

Vendeuse, la darija fait parler et parle à tous les Algériens comme parle Bouzid à Zina dialou.  Nora

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