Abderrahmane Djelfaoui ; à la hune de nos mémoires …

« J’ai accompli de délicieux voyages, embarqué sur un mot… » (Balzac), je ne cesse d’en accomplir embarquée sur les siens…

D’une union d’amour et de raison entre l’immensité de la steppe de l’alfa et de l’armoise et la fertilité des plaines de la Mitidja ; balayées par les souffles humides et iodés  de la méditerranée est né, sur les hauteurs de la Blanche , un jour d’été et de moisson de l’an 1950 ; Abderrahmane Djelfaoui , un artiste aux multiples facettes .

Attaché culturel à la Cinémathèque algérienne et réalisateur à la télévision dans les années 70/80. Journaliste à Alger républicain, El Watan, Le soir d’Algérie et Le Siècle dans les années 90 et poète-photographe à plein temps ; il est surtout l’ami de l’art et des artistes.

Lire Djelfaoui, c’est le suivre dans les itinérances de son objectif, ou statiquement s’asseoir à ses côtés et zoomer une image, une idée, une pensée et la sublimer en prose ou en poésie libre de voyager à travers d’autres yeux , d’autres lectures … d’autres cieux.

Dans l’humilité et la générosité de ses gènes et de son verbe singulièrement pluriels , le poète s’écrit et écrit les autres et comme le soleil, « il tire sa vérité à la profondeur de l’univers ».

Entre ses cahiers, les interviews, les salons d’exposition, les journées poétiques et ses sorties urbaines ou champêtres, tout est image, tout est verbe tout est partage.

Inlassablement, la passion et le rêve aux bouts des doigts, entre création et pédagogie ; Abderrahmane Djelfaoui sème, comme sèment les nomades de son douar ; et nous récoltons une exquise littérature pétrie dans une culture à la fois authentiquement algérienne et richement universelle.

Vous choisir un de ses textes  serait pour moi léser tous les autres …alors, le poète lui-même a choisi pour nous…

 A LA HUNE DE NOS MEMOIRES

cette tente en attente

qui sous petit vent entend

doucement crisser ses coins

rappelle d’enfance les jeux babil de songe

 

cette tente en attente des vents

a maintenant sculpté à ses câbles

des camps une nostalgie désuète

mais sereine de grands parents

 

une tente des errances

toute aise de ses tapis empreints

des rencontres frileuses l’hiver

suaves le printemps

 

elle m’égrène de quelques solitudes

tous les contes balancés

à ses vieux mats de jonc

cueillis une nuit d’Afrique

 

car elle seule sait encore gonfler ses toiles

paroles du soir aux vieillards

qui de leurs yeux et de leurs mains

ont béni le sable où elle se tient

 

tente en attente de sa meilleure part

d’amour sait de génération

en génération toujours mûrir tendresse

aux joues rieuses des enfants.

           Abderrahmane Djelfaoui

 

extrait de « Vents de Dakhla »

(camps de réfugiés sahraouis)

In « Poètes des déserts »

édité par La Fondation Déserts du Monde, Alger [juin 2006]

 

                                                                       Sa bibliographie

 

-     « Claps de douleur », récit et poèmes, in revue Empreintes-Bassamat, dirigée par la poétesse Zaynab Lâwadj [juillet 1997].

 -        Lors des Rencontres internationales de la photographie d’Arles de 1997 interview-mémoire du photographe français Henri Cartier-Bresson sur son rapport à l’Algérie durant les années 50, publiée dans El Watan la même année. (http://djelfalger.blogspot.com/2014/05/emouvante-rencontre-avec-henri-cartier.html )

 -        « Bab El Oued ville ouverte », ouvrage sur les rencontres une année durant avec les habitants de ce quartier populaire « chaud » d’Alger. Ed. Paris Méditerranée, [1999].

 -         « Maqamât de Jean-Paul Grangaud», récit de vie du professeur JP Grangaud, pédiatre algérien. Editions Casbah, Alger. [2000].

 -        « Algeri separazione (Alger séparation) », recueil bilingue de poèmes. Editions Libroitaliano World, Ragusa. Italie. [2002]

 -        « Une image hors norme », à propos de Saint Augustin in « Dialogue entre les civilisations » ; Actes des conférences 2001-2002 ; Office des Nations Unies à Genève. Page 143. [2002].

 -        « GEISER L’ALGEROIS. Eléments d’éclairage biographique », texte pour l’exposition de photographies : « Jean Geiser, un regard sur le patrimoine algérien », initiée par Pro-Helvétia et la Fondation suisse pour le patrimoine culturel algérien. Palais des Raïs, Alger. [janvier 2002]. Ce texte est ensuite publié par la revue Suisse Algérie, n° 9, Alger [avril 2002]. Repris in Tassili, Alger, n° 43, [sept-nov 2005]

 -        Contribution dans l’ouvrage encyclopédique « Le Livre des Déserts », sous la direction de Bruno Doucey, éditions Robert Laffont, collection Bouquins, Paris [décembre 2005]

 -        Coordonateur des actes « Poètes des déserts », (30 poètes de 11 nationalités en 5 langues), édité par La Fondation Déserts du Monde, Alger [juin 2006]

 -        « ô ville de cent lieux, ville noire », recueil de poésie, Ed. Espace Libre, Alger [2008]

 -        « NIGHT WATCH », édition de poèmes en français traduits à l’anglais par la poétesse Andréa Moorhead (Directrice de la revue Osiris) ; Red Dragon Press, Minnesota – USA, [2009]

 -        « Solitudes », préface et légendes aux photographies de El Hadi Hamdikène ; éditions Lazhari Labter, Alger [2009]

 -        Poème d’ouverture dans l’ouvrage d’artistes “Racines vagabondes” de Claude Varisco, Mireille Pelinde Rian et Joelle Jourdan ; Editions Trouvaille ; Art et Nature, Cirque de Navacelles, [2011]

 -        « Au balcon des veilles/ In balconul de gardà », poèmes traduits au roumain par Cornelia     

  Balan Pop ; Editura FEED BACK, [2011]

-        «la mer vineuse (disait l’aveugle) », recueil de poésie ; éditions L. de Minuit, Alger, 2012

 -        « mona monaurore, la septaine d’amour », recueil de poésie ; édition Espace Libre, Alger, [2012].

 -        « L’Algérie au 1/50ème de siècle :une photographie qui parle » ; introduction au catalogue du Mama : « La photographie, 50 ans d’âge ». Alger-Tlemcen. Ed. Fespa 2012/Mama/Ministère de la Culture. Septembre [2012]

 -        Contributions aux revues : Actes Sud, 12 x 2 Poésie contemporaine des deux rives, Les Archers, Osiris.

                                                                                            Ryma/ Nora Kasse

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