Vulgarisation et préservation des proverbes berbères

Abdennacer Bourdouz, un protecteur des aphorismes berbères.Abdennacer Bourdouz, 47 ans, fait partie de ces intellectuels algériens qui travaillent à l’abri des projecteurs.

Ce Bougiote d’origine, natif de Aïn K’sibah à Cherchell et habitant à l’ouest de la wilaya de Tipasa, à Gouraya, a préféré se consacrer à la préservation du patrimoine oral de cette partie de la wilaya. «Je m’intéresse à toutes les régions berbérophones et arabophones de la wilaya de Tipasa, nous dit-il, néanmoins je me suis focalisé cette fois-ci sur la région berbérophone de Gouraya. J’ai enseigné durant 19 ans. Je ne voulais pas laisser échapper cette opportunité dans cet espace berbérophone parmi tant d’autres. J’enseigne et je collectionne les proverbes berbères, en somme joindre l’utile à l’agréable», dit-il. Abdennacer Bourdouz est aujourd’hui chercheur au Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH) dirigé par M. Hachi. Ce dernier lui a offert l’occasion pour éditer en 2009 son travail, «mon directeur, que je remercie infiniment au passage, a jugé que mon travail était inédit», indique-t-il. Tel un troubadour armé d’un stylo et d’un carnet, il sillonne les sentiers dans le silence des zones rurales enclavées et continue à collecter les dictons, les maximes, les chansons, le medh, les expressions, les berceuses, les devinettes auprès des mamans et grands-mères, pour récupérer ce patrimoine immatériel en totale perdition. Il lui arrive de reconstituer le puzzle de toutes ces phrases après ses recherches. «Mes interlocuteurs sont les personnes âgées, femmes et hommes, avoue-t-il, nous nous amusons très bien durant mes rencontres avec ces personnes. Notre patrimoine est non seulement riche mais très varié, alors je me suis rendu compte que ma contribution n’est qu’une goutte dans l’océan», enchaîne-t-il. Depuis sa naissance, Bourdouz Abdennacer a été bercé dans le milieu traditionnel. Une fois grandi, il a commencé à fredonner les chants religieux et le medh, appris à l’occasion des cérémonies familiales. «Etant professeur de langue arabe d’origine kabyle, j’ai trouvé que les textes étaient incohérents et des mots mal prononcés qui enlèvent le sens aux phrases, dit-il, j’ai mené des recherches pour authentifier plusieurs vers et expressions berbères afin d’établir les textes d’une manière plus cohérente», ajoute-t-il. Notre interlocuteur rend hommage à ces nombreuses femmes anonymes qui ont su préserver ce patrimoine immatériel. Pour ce qui concerne son ouvrage intitulé, Les proverbes populaires de la région berbère de Gouraya, l’auteur a transcrit les proverbes en langue arabe classique, afin de permettre aux familles et aux jeunes notamment de les répéter facilement. Il a même pensé aux francophones et s’est permis de transcrire les proverbes berbères en langue française, en précisant le sens d’abord de ces proverbes et à quelle occasion ils sont évoqués. «J’ai réalisé ce travail pour permettre à mes amis arabophones et francophones de découvrir les secrets de cette magnifique région de la wilaya de Tipasa qui borde la Méditerranée. C’est à travers les proverbes que nous arrivons à connaître l’âme d’une société, sa philosophie, sa façon de voir les choses, sa manière de penser. Plus les proverbes sont nombreux chez un groupe humain, plus cela donne des preuves que ce groupe est civilisé, ce sont les grands chercheurs dans la culture populaire qui le disent», nous indique Bourdouz Abdennacer. Notre interlocuteur, qui est l’un des membres fondateurs d’une association culturelle, Les Amis de Cherchell, avoue qu’il a travaillé énormément dans la protection du patrimoine local matériel et immatériel sans aucune arrière pensée. «J’ai ramené personnellement des effets vestimentaires très anciens, et bien d’autres objets de valeur ; j’ai collecté des textes religieux chantés par les familles algériennes autrefois à l’occasion du Mawlid Ennabaoui, Mouharem, mariages au rite de Sidi Mâamar et j’ai formé une chorale composée de 4 jeunes filles, afin de perpétuer ce patrimoine oral, précise-t-il, mais pour aller dans le fond de ma pensée et compte tenu de tout ce que je constate dans cette association culturelle dont je faisais partie, étant un amoureux d’un environnement propre et sain au sens le plus large, j’ambitionne de créer un musée des arts traditionnels. J’estime que notre patrimoine a besoin d’être pris en charge proprement, c’est cela mon cheval de bataille. Ce qui n’est pas le cas, malheureusement, de certaines personnes égoïstes et versatiles qui utilisent cet aspect du patrimoine pour arriver à satisfaire leurs ambitions et leurs besoins personnels», conclut-il. Bourdouz Abdennacer préfère s’évader au milieu des montagnes, à la rencontre des familles rurales, son milieu naturel. Il ne se lasse pas de s’interroger sur le sens des mots et la définition des espèces de la faune et la flore qui l’entourent au milieu de cette série de montagnes de l’ouest de la wilaya de Tipasa. Après des années, il est devenu un soutien moral pour ces familles rurales.     M'hamed Houaoura (El Watan du 8/9/2010)

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