Tamanrasset

targui

J'ai écrit ce texte en 1992 alors que j'étais au service national à Tamanrasset à l'occasion d'une sortie dans le Hoggar, vers Tahbort. Il est paru quelques années plus tard dans le journal "Le citoyen"

Quand on a fait ce voyage, on ne sort pas indemne. Les paysages lunaires laissent en vous l'empreinte d'images aux couleurs inaltérables.

C'est ce qui vous arrive quand vous faites Tamanrasset. Une région qui ne se visite pas mais se parcourt à pied pour s'imprégner de son atmosphère. Quand je me surprends à revivre les souvenirs, je ne peux m'empêcher d'avoir une pensée pour tous ceux qui vivent dans les grandes villes, assourdis par le vacarme. Là-bas, le silence se joue de vous au point de vous enivrer. Beaucoup vont à la montagne, et que la montagne est belle en cette saison d'hiver ! mieux , celui qui fait le désert se l'approprie ou devient son prisonnier mais un prisonnier de luxe : celui de la beauté et de la magie.

Pour rompre avec notre quotidien angoissant rien de telle qu'une virée dans le désert histoire de nous ressourcer . Pour ce faire, nous avons choisi une destination : l'Assekrem situé à quelque 80 km du chef lieu de Tamanrasset. Ne demandez surtout pas dans quelle direction il se trouve, des gens rodés au parcours sont là avec tout leur savoir faire. Aussi avons-nous laissé faire notre guide et chauffeur Boudjemâa, le Touareg drapé dans son chèche bleu indigo. « ma toulam, al khir ghas », nous dit-il en guise de mots de bienvenue au moment de monter dans son 4 x 4, ce chameau des temps modernes .

Après une brève explication de l'itinéraire, quelques centaines de mètres effectués sur une route goudronnée et c'est le départ . Notre guide nous explique que nous empruntons le chemin qui mène vers Tahaborth, une source d'eau minérale.

Un tableau géant fait son apparition sur un grand espace bordé de pics qui donnent l'impression de traverser un verger. Les montagnes d'un bleu glacier se dressent d'une manière imposante. Le pic « Ihaggen » monte dans le ciel et semble veiller tel un dieu sur ses créatures.

Après quelques kilomètres au rythme d'une balade offrant à nos yeux une multitude de tableaux que la nature distingue les uns des autres, par leur forme, « Dites-moi que je ne rêve pas », s'exclame Touhami, notre ami lassé par la pollution d'Alger. Pour mieux admirer la beauté du site dans toute sa splendeur, Boudjemâa comprend qu'il faut s'arrêter. Un tel paysage mérite qu'en s'y attarde. L'horizon nous renvoie de ses couleurs que seul le désert sait en fabriquer. Quelques photos immortalisent le moment et le site. Les gravures rupestres à l'alphabet tifinagh sont restées intactes et semblent ne pas avoir subi l'érosion du temps. L'histoire a laissé des traces qui remontent à des milliards d'années. [...]

L'Assekrem, une place pour un spectacle éphémère. Des touristes étrangers équipés d'appareils de prise de vue et au pied de grue, semblent emparés d'une excitation . « Tout le monde ici attend le coucher du soleil », nous dit une Française. Il est 18 h 30 minutes. Tout le monde s'installe. La boule de feu affiche les premiers signes de son retrait pour laisser place à des couleurs pour lesquelles l'œil ne peut rester insensible. Dans sa mort, le soleil libère une beauté inouïe . C'est un mariage forcé entre les couleurs du spectre. Que de beauté !

BCher

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